Les portes fermées, et Lui au milieu
« Jésus vint, se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous! »
Regardons d'abord la scène telle que Jean la peint, sans l'adoucir. Nous sommes au soir du premier jour de la semaine, quelques heures après le tombeau vide. Les disciples ne se sont pas rassemblés pour fêter une victoire : ils se cachent. Les portes sont closes, verrouillées par la crainte. Ceux qui avaient juré de mourir avec leur Maître se terrent, honteux de leur fuite et redoutant de finir comme lui. C'est dans cette pièce fermée, lourde de peur, que le Ressuscité choisit d'entrer. Il ne commence pas par un cri de triomphe ; il vient au milieu d'hommes brisés, là même où nous nous croyons hors de sa portée.
Sa première parole n'est pourtant pas un reproche. Il aurait pu commencer par : où étiez-vous ? Il dit plutôt : Jésus vint, se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous!(Jean 20:19)
Le terme qui affleure derrière le grec eirènè, et plus encore derrière l'hébreu shalom qu'il traduit, ne dit pas seulement l'absence de trouble. Il dit la plénitude rétablie, l'être remis à sa juste place devant Dieu. Le Christ n'offre pas une accalmie passagère à des nerfs tendus ; il offre la réconciliation que sa croix vient d'accomplir. Cette paix a un prix, qu'il porte encore : dans les versets suivants, il montre ses mains et son côté. La paix qu'il donne coule de ses plaies.
C'est ici que Pâques cesse d'être une doctrine lointaine pour devenir une rencontre. Le tombeau vide, seul, laisse les disciples perplexes ; c'est la présence du Vivant qui change tout. Il vient jusqu'à eux, traverse les portes closes et se tient au milieu. Toute la suite des cinquante jours part de là : non d'un effort des disciples pour retrouver Dieu, mais d'un Sauveur ressuscité qui vient les chercher. À la croix, tout a été accompli une fois pour toutes ; la paix ne se mérite pas, elle se reçoit des mains percées de celui qui l'a acquise.
La question se retourne alors vers nous. Quelles portes verrouillons-nous, croyant nous protéger, alors qu'elles ne font que nous enfermer avec notre peur ? Le Ressuscité n'attend pas que nous ouvrions d'abord pour le mériter ; il vient au milieu. Cette semaine, avant même de chercher à faire quoi que ce soit pour Dieu, laissons sa parole résonner comme si elle nous était adressée en propre : « La paix soit avec vous. » Recevons-la là où nous sommes vraiment, non là où nous voudrions être. La foi commence les mains vides, tendues pour accueillir ce que Christ seul a déjà donné.
Seigneur ressuscité, tu es venu au milieu de tes disciples effrayés, et tu viens encore jusqu'à moi derrière mes portes fermées. Je n'ai pas de paix à te présenter ; je viens recevoir la tienne, celle qui coule de tes plaies. Apaise ma crainte par ta seule présence, et fais que je m'appuie non sur mes forces, mais sur ta grâce accomplie une fois pour toutes. Amen.