L'Esprit Éditorial
Cinquante Jours de Pâques à la Pentecôte · Semaine 2 : Pierre restauré au bord de l'eau

M'aimes-tu ? Pais mes agneaux

« Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. »
Jean 21:15

Pierre est retourné à ses filets. Après le reniement, après avoir juré trois fois qu'il ne connaissait pas cet homme, il revient à ce qu'il sait faire : pêcher. Et c'est là, au bord du lac, dans le petit matin, que le Ressuscité l'attend, un feu de braises déjà allumé. Le détail compte. C'était près d'un feu de braises que Pierre avait renié son Maître. Jésus le ramène exprès sur les lieux de sa chute, pour l'y guérir. Aucune volonté d'humilier là-dedans, seulement le désir de refermer la plaie à l'endroit où elle s'est ouverte. Il ne détourne pas les yeux de la blessure de Pierre ; il vient y poser la main. Se relever, avec lui, ne consistera pas à faire comme si rien ne s'était passé.

Trois fois Pierre a renié. Trois fois Jésus lui demande : « M'aimes-tu ? » Chaque question rouvre la plaie, et c'est pour la refermer. Le grec laisse passer une nuance qui serre le cœur. Jésus emploie d'abord le verbe agapaô, l'amour qui se donne sans retour ; Pierre, brûlé par sa propre présomption, n'ose répondre qu'avec phileô, l'amour de l'ami sincère. Il ne surenchérit plus comme avant. Et Jésus, plein de grâce, descend jusqu'au mot de Pierre. Il l'accueille tel qu'il est, avec son amour tremblant, sans lui réclamer les grandes promesses d'autrefois.

Voyez aussi tout ce que Jésus s'abstient de faire. Pas de pénitence imposée pour racheter la faute, pas d'épreuve à réussir avant d'être repris en grâce. Le relèvement de Pierre ne tient pas à un effort qui effacerait le reniement ; il tient tout entier à l'amour du Ressuscité venu le chercher. Si le pardon dépendait de ce que Pierre accomplit, ce ne serait plus la grâce. Pour autant, Jésus ne le laisse pas les bras ballants : à chaque « oui » de Pierre répond une charge, « Pais mes agneaux ». Le voilà aimé, pardonné, et déjà renvoyé au service. Ce service ne lui gagnera pas l'amour de son Maître ; il découle de l'amour qu'il a déjà reçu.

C'est là l'Évangile pour quiconque porte le poids d'un reniement. Le Ressuscité connaît nos feux de braises, les endroits précis où nous l'avons trahi, et il vient nous y attendre, un repas déjà prêt. Il ne demande pas d'abord « Qu'as-tu fait ? ». Il demande « M'aimes-tu ? ». Cette semaine, si une faute te tient à distance de lui, ne la fuis pas, ne t'y enlise pas non plus : porte-la à Celui qui a déjà tout accompli à la croix. Réponds-lui avec ton amour imparfait, « Tu sais que je t'aime », et laisse-le te confier de nouveau quelqu'un ou quelque chose à aimer pour lui.

Prière

Seigneur, tu connais les feux de braises de ma vie, les endroits exacts où je t'ai renié par peur ou par lâcheté. Avant de me demander de réparer, tu me demandes de t'aimer. Reçois mon amour tremblant, purifie-le, et remets entre mes mains ceux que tu veux me voir servir. Laisse ta grâce parler plus fort que ma honte. Amen.