Là où est ton trésor
« Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »
Au cœur du Sermon sur la montagne, Jésus ne fait pas la leçon sur l'épargne ; il parle de trésor, c'est-à-dire de ce à quoi notre cœur tient. Et il part d'un constat lucide, presque rude : les trésors de la terre ne durent pas. La teigne les ronge, la rouille les mange, les voleurs percent le mur et emportent tout. Rien de pessimiste là-dedans, du réalisme. Ce que nous entassons ici-bas porte en soi sa fragilité. Y attacher son cœur, c'est fonder sa sécurité sur ce qui file entre les doigts. Le Seigneur ne cherche pas à nous priver d'un bien ; il nous éloigne d'une illusion.
Il ne prêche pourtant pas le mépris des biens, ni la pauvreté choisie comme un titre de mérite. Il ouvre un autre horizon : mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.(Matthieu 6:20)
Il existe un placement que ni la teigne ni le voleur n'atteignent, une richesse investie dans ce qui demeure : Dieu lui-même, son royaume, celles et ceux qu'on aime et sert en son nom. Le mot grec thèsauros, d'où vient notre « trésor », désignait le coffre où l'on serrait ce qu'on avait de plus précieux. Jésus ne demande pas « combien possèdes-tu ? » ; il demande « où est ton coffre ? ». Où déposes-tu ce qui, à tes yeux, fait ta valeur ?
Puis il met à nu un ressort du cœur : Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur.(Matthieu 6:21)
L'ordre des mots compte. Il ne dit pas que le cœur choisit d'abord et que l'argent suit ; il dit l'inverse : là où nous plaçons notre trésor, le cœur vient ensuite s'y loger. Nos placements ne font pas que révéler nos affections, ils les modèlent. Qui investit patiemment dans le royaume de Dieu verra, le temps aidant, son cœur s'y attacher. D'où ceci : ma façon de dépenser et de donner n'est jamais neutre. Elle éduque mon amour et incline peu à peu ma vie vers l'un ou l'autre trésor.
Ce serait pourtant tout gâcher que d'entendre ici un marché : donne sur la terre pour encaisser là-haut. On ne tiendrait plus l'Évangile, mais une foi de transaction. Au fond, le trésor n'est pas une récompense à décrocher. C'est le Christ, lui qui, étant riche, s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa grâce. On n'amasse pas des trésors dans le ciel pour acheter Dieu ; on le fait parce qu'on l'a déjà reçu de lui. Cette semaine, regarde sans te flageller un seul poste de tes dépenses : qu'y a-t-il là de ton cœur ? Pose ensuite un geste concret, même petit, qui déplace un peu de ton trésor vers ce qui ne périt pas. Et observe ton cœur suivre le mouvement.
Seigneur Jésus, tu vois où j'ai posé mon cœur, et tu connais la fragilité des trésors où je cherche ma sécurité. Toi qui, étant riche, t'es fait pauvre pour m'enrichir, sois toi-même mon trésor. Détache-moi sans brusquerie de ce qui périt, apprends-moi à investir dans ce qui demeure, non pour t'acheter, puisque tu t'es déjà donné. Que mon cœur aille où tu es. Amen.