Donne, pardonne, délivre
« Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. »
Une fois Dieu remis à sa place, son nom, son règne et sa volonté, Jésus nous autorise enfin à parler de nous. Et il commence par le plus simple : « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ». Pas le pain de l'année, ni la sécurité d'une vie entière amassée d'avance : le pain d'aujourd'hui. Cette demande minuscule nous apprend une immense dépendance. Recevoir ce jour de la main du Père, comme Israël recevait la manne au désert, sans pouvoir en faire des réserves. Le prier, c'est confesser que même le plus ordinaire, de quoi manger, reste un don et non un dû. Et c'est désamorcer, un matin après l'autre, cette angoisse du lendemain que Jésus nous demande de lui confier.
Vient ensuite un besoin plus pressant encore que le pain : « pardonne-nous nos offenses ». La prière descend du corps vers la conscience. De nourriture, nous avons besoin ; de pardon, plus encore, car aucun de nous ne traverse une journée sans contracter quelque dette envers Dieu. Jésus place cette demande dans la bouche de ses propres disciples : les rachetés eux-mêmes vivent d'un pardon quotidien. Rien là qui remette en cause l'œuvre achevée de la croix, où nos péchés ont été portés une fois pour toutes ; cela nous ramène seulement à la source, jour après jour, comme un enfant déjà aimé revient se réconcilier avec son père après une faute. Nous n'achetons pas notre pardon en le demandant ; nous le recevons de nouveau, gratuitement.
Mais Jésus ajoute une clause qui nous arrête : « comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Gardons-nous d'un malentendu. Nous ne gagnons pas le pardon de Dieu en pardonnant aux autres ; ce ne serait plus la grâce. L'ordre est inverse. Parce que nous avons été pardonnés d'une dette immense, nous ne pouvons plus tenir serrée la petite dette d'autrui. Le pardon reçu déborde en pardon donné ; s'il ne déborde pas, c'est qu'il n'a peut-être pas été reçu pour de bon. Réclamer d'être pardonné tout en refusant de pardonner, c'est se conduire, disait Jésus dans une parabole, en serviteur impitoyable. La grâce qui entre par une porte doit pouvoir ressortir par l'autre.
Enfin, la prière se tourne vers le combat qui vient : « ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin ». Dieu ne tente personne au mal, l'Écriture le dit sans détour ; cette demande est un cri d'humilité et de dépendance. Père, ne me laisse pas entrer seul dans l'épreuve, garde-moi, arrache-moi au mauvais. C'est avouer que nous ne tenons pas debout par nos seules forces, que le tentateur est réel et rusé, et que notre sécurité tient moins à notre volonté qu'à la garde de Dieu. Prier ces mots, c'est renoncer d'un même mouvement à la présomption qui dit « je résisterai bien tout seul » et au fatalisme qui dit « je tomberai de toute façon ». C'est se placer chaque matin sous une protection qui ne dort pas.
Cette semaine, laisse ces trois demandes donner sa forme à ta prière quotidienne. Le matin, confie ton pain : dépose entre les mains du Père l'inquiétude du jour. Le soir, demande pardon pour la journée et vérifie qu'aucune rancune ne s'est logée en toi ; s'il en reste une, laisse la grâce reçue la faire fondre. Pour le combat, nomme devant Dieu la tentation précise qui te guette et demande-lui de t'en garder. La prière la plus connue cesse alors d'être récitée par habitude pour redevenir priée : un enfant qui, chaque jour, remet à son Père son pain, sa conscience et sa faiblesse.
Père, donne-moi aujourd'hui mon pain, et apprends-moi à recevoir chaque jour de ta main. Pardonne-moi mes offenses, et fais déborder ce pardon en moi vers ceux qui m'ont blessé. Ne me laisse pas entrer seul dans la tentation, mais délivre-moi du mal. À toi seul le règne, la puissance et la gloire, dans tous les siècles. Amen.
Père, donne-moi aujourd'hui mon pain, et apprends-moi à le recevoir de ta main. Pardonne-moi, et fais déborder ce pardon vers ceux qui m'ont blessé. Ne me laisse pas entrer seul dans la tentation, mais délivre-moi du mal. Amen.