Déchargez-vous sur lui
« et déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous. »
Le monde propose contre l'anxiété quantité de recettes : respirer, faire le vide, se distraire, relativiser. L'Écriture prend un tout autre chemin. Elle ne dit pas « ne ressens rien » ; elle dit « décharge-toi ». L'image est celle d'un fardeau qu'on porte sur le dos et qu'on fait glisser sur des épaules plus larges. Pierre, qui écrit à des chrétiens éprouvés, ne fait pas semblant de croire les soucis imaginaires. Ils sont réels, ils pèsent, ils tiennent éveillé la nuit. Le combat contre l'anxiété commence le jour où l'on cesse de porter seul et où l'on choisit sur qui déposer le poids.
Le verbe grec rendu par « déchargez-vous » évoque un geste précis et voulu : jeter, transférer d'un coup, comme on lance un manteau sur le dos d'une bête de somme. Rien d'un sentiment vague qui monterait tout seul ; c'est un acte que je pose, et que je repose. L'inquiétude revient parce que je reprends sans cesse le fardeau que j'avais déposé la veille. Ce verbe n'est pas à conjuguer une fois pour toutes ; il se répète chaque jour, parfois chaque heure : je reprends, et de nouveau je rejette sur Lui. Le combat tient dans ces gestes répétés.
Et tout tient dans la raison que Pierre ajoute aussitôt : et déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous.(1 Pierre 5:7)
Voilà le sol sous nos pieds. Je ne jette pas mes soucis dans le vide, ni sur un Dieu lointain qui hausserait les épaules, mais entre les mains d'un Père dont le regard reste posé sur moi. Le même apôtre venait d'inviter à s'humilier Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu'il vous élève au temps convenable;(1 Pierre 5:6)
et cette main qui pourrait m'écraser est justement celle qui me porte. L'anxiété murmure que je veille seul sur ma vie. La foi répond que Quelqu'un veille déjà, et qu'il ne s'endort pas.
Soyons honnêtes : décharger, ce n'est pas cesser d'aimer, ni devenir indifférent à ce qui nous tient à cœur. On ne se décharge pas de son enfant malade ou de son travail incertain comme on se débarrasse d'un colis encombrant. On les remet, avec tout leur poids d'affection, entre des mains capables de les tenir bien mieux que nous. Se décharger, c'est dire : je continue d'aimer et d'agir, mais j'arrête de porter ce qui dépasse ma taille. Le souci ne s'évapore pas d'un coup ; il change simplement de dos.
Cette semaine, ne cherche pas à ne plus rien ressentir. Prends plutôt, très concrètement, le souci qui revient le plus souvent te réveiller, et nomme-le devant Dieu comme un fardeau que tu poses à ses pieds. Écris-le, si cela t'aide, puis dis simplement : Seigneur, je le décharge sur toi, car tu prends soin de moi. Et demain, quand tu le reprendras, car tu le reprendras, recommence sans te décourager. Le combat contre l'anxiété ne se gagne pas d'une seule victoire ; il se vit dans cette remise fidèle, jour après jour, entre les mains de Celui qui veille.
Père, je porte des fardeaux trop lourds pour moi, et l'inquiétude me tient éveillé. Je les décharge maintenant sur toi, un à un, car tu prends soin de moi. Apprends-moi à recommencer ce geste chaque fois que je les reprends, et à me reposer sous ta puissante main qui me porte au lieu de m'écraser. Amen.