Marcher dans la clarté de sa vie
« Jésus leur parla de nouveau, et dit: Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
La scène a son décor : la fête des Tabernacles, où l'on allumait dans le Temple de grands chandeliers dont la lueur, dit-on, éclairait Jérusalem entière. Sous ces lampes qui allaient s'éteindre au petit matin, Jésus déclare : Jésus leur parla de nouveau, et dit: Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.(Jean 8:12)
Il ne se donne pas pour une lampe de plus, vouée à mourir quand l'huile manque, mais pour la Lumière elle-même, celle qui a brillé au premier jour de la création. Là encore résonne le egô eimi, le Nom divin. Celui qui, au commencement, a dit Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.(Genèse 1:3)
, se tient au milieu des hommes et prend pour lui ce nom de Lumière.
Lumière du monde : revient ici ce mot, kosmos, l'humanité tout entière. Jésus ne se présente pas comme la clarté d'un peuple ou d'un cercle d'initiés ; il est la clarté du monde. Voilà qui contrarie tout esprit de division, toute envie de garder Dieu pour soi seul. La lumière ne se met pas de côté, elle se répand. Et ce qu'elle éclaire en premier, c'est notre condition telle qu'elle est : sans elle, nous marchons dans les ténèbres. Le mot est fort. Ce n'est pas la pénombre d'une simple ignorance. C'est l'obscurité de qui ne sait ni d'où il vient ni où il va, tâtonnant le long des murs, incapable de voir le précipice.
Tout tient dans un verbe : suivre. Celui qui me suit, dit Jésus. Le grec akoloutheô, c'est le mot du disciple qui emboîte le pas au maître et marche derrière lui sur la même route. La lumière ne se reçoit pas en l'admirant de loin, ni en la comprenant en théorie ; elle se reçoit en marchant à sa suite. Comme la colonne de feu conduisait Israël dans le désert, Christ marche devant, et il suffit de le suivre pas à pas pour ne pas s'égarer. La foi, ici, n'est pas d'abord un savoir. C'est une marche : poser ses pieds là où il a posé les siens, et se fier à la clarté qu'il jette juste devant, sur le pas suivant.
La promesse va plus loin que l'éclairage du chemin : il aura la lumière de la vie. Il verra où poser le pied, oui, mais il tiendra aussi une lumière qui est vie. Car chez Jean, depuis le prologue, lumière et vie ne se séparent pas : En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.(Jean 1:4)
Suivre Christ ne consiste pas à recueillir des renseignements ; c'est être rendu vivant. Cette lumière, il l'a payée de sa mort. Sur la croix, à l'heure où le soleil s'est voilé, il est entré dans nos ténèbres les plus noires pour en ressortir vivant, ressuscité, et nous en tirer avec lui. La clarté que nous recevons vient d'un tombeau ouvert.
Cette semaine, repérons nos zones d'ombre : une décision qu'on n'ose pas regarder en face, une pensée qu'on garde dans le noir, une peur qui nous fait tâtonner. Portons-la à la Lumière, non pour être accablés, car la lumière de Christ n'humilie pas ; elle guérit et remet debout. Puis faisons un pas de disciple, un seul, dans la direction où il marche : un mot de vérité, un geste d'obéissance tout simple. On ne voit jamais toute la route. Il suffit d'y voir assez pour le pas suivant, et de le franchir.
Seigneur Jésus, Lumière du monde, j'ai trop longtemps marché à tâtons dans mes propres ténèbres. Éclaire ce que je cache, non pour m'accabler mais pour me relever. Donne-moi de te suivre pas à pas, confiant dans la clarté que tu poses devant moi. Toi qui es sorti vivant de la nuit, conduis-moi jusqu'à la lumière de la vie. Amen.