Le Verbe a dressé sa tente parmi nous
« Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »
Jean n'ouvre pas son évangile sur une naissance, une généalogie ou un décret de César. Il remonte plus haut que tout commencement : Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.(Jean 1:1)
Puis, dans une phrase qui a fait trembler des siècles de lecteurs, il fait basculer l'éternité dans notre poussière : « la parole a été faite chair ». Le Dieu que personne n'avait jamais vu se rend visible. Celui qui tenait les étoiles se laisse porter par une mère. Ce que Jean nous tend n'est pas une doctrine sur Dieu, c'est un homme qu'on a pu entendre et toucher, suivre des yeux. Tout le parcours partira de là : non d'un concept, mais d'un visage.
Le verbe grec que Jean choisit pour « elle a habité » est saisissant : eskènôsen, mot à mot « il a dressé sa tente », il a planté sa demeure au milieu de nous. Le lecteur juif entend aussitôt le désert et la tente de la rencontre, là où la gloire de Dieu venait reposer au cœur du campement. Ce que le tabernacle abritait derrière des voiles, Jésus le porte désormais dans sa chair. Dieu ne nous fait plus signe de loin ; il vient camper à notre porte, partager nos intempéries et nos nuits de fatigue. La Parole ne descend pas en visite, elle s'installe, elle demeure.
Jean précise ce que cette chair donne à voir : une gloire « pleine de grâce et de vérité ». Non pas une gloire écrasante qui foudroie, mais une gloire pleine de faveur imméritée. La grâce, ici, prend un corps. Bien plus loin, le même évangile dira : car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.(Jean 1:17)
Rencontrer Jésus, ce n'est donc pas d'abord recevoir des exigences plus hautes ; c'est se tenir devant une plénitude qui vient à nous les mains ouvertes. Avant même que nous fassions quoi que ce soit, la grâce a déjà pris chair et marche vers nous.
Mesurons ce que cela vient déranger en nous. Nous préférons souvent un Dieu d'idées, propre et lointain, qu'on peut penser tranquillement sans se laisser rejoindre. Jean nous ôte cette prudence : le Verbe s'est fait chair, il est entré dans le concret des jours, il a connu la table et la route, et les larmes au tombeau d'un ami. On ne rencontre pas ce Jésus-là en le survolant. On le rencontre en le laissant descendre jusqu'à notre propre chair, jusqu'à ce que nous avons de fragile et de blessé. Il n'a pas eu peur de notre humanité, il l'a épousée.
Alors, pour cette première semaine, cesse un moment de vouloir tout comprendre de lui et contente-toi de le regarder. « Nous avons contemplé sa gloire. » Laisse cette phrase te ralentir. Ouvre l'évangile de Jean comme on ouvre sa porte à quelqu'un qui a fait tout le chemin pour venir jusqu'à toi. Tu n'as pas à monter vers Dieu à force d'efforts : il est déjà descendu, plein de grâce et de vérité, et il demande à demeurer.
Seigneur Jésus, Parole faite chair, je te reçois non pas comme une idée mais comme une présence vivante. Merci d'être descendu jusqu'à ma poussière et d'avoir dressé ta tente parmi nous. Ouvre mes yeux, que je contemple ta gloire pleine de grâce et de vérité, et donne-moi cette semaine de te laisser demeurer. Amen.