L'Esprit Éditorial
Sept Psaumes pour les Nuits Difficiles · Semaine 1 : La nuit de l'angoisse

Quand l'âme s'abat dans la nuit

« Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi? Espère en Dieu, car je le louerai encore; Il est mon salut et mon Dieu. »
Psaume 42:12

Il y a des nuits où l'on ne dort pas parce que le cœur, lui, ne se couche jamais. Le psalmiste connaît cette heure. Il ne joue pas à aller bien, il ne se donne pas des airs de force. Il se retourne vers lui-même et se pose la question la plus honnête qui soit : « Pourquoi t'abats-tu, mon âme? » Le mot rendu ici par « âme », en hébreu nephesh, ne désigne pas une petite part pieuse et invisible de nous ; il dit l'être entier qui respire, qui a soif et qui souffre. C'est l'homme tout entier, la gorge serrée, qui parle. La Parole ne méprise pas cette angoisse ; elle lui donne des mots.

Remarquez que le psalmiste ne s'ordonne pas de se calmer. Il ne se dit pas : secoue-toi, cesse d'avoir peur. Il fait tout autre chose : il se parle en tournant son visage vers Dieu. Là est la différence entre ruminer et prier. La rumination tourne en rond autour de la peur ; la prière saisit cette même peur et la dépose ailleurs, entre les mains d'un Autre. Jésus lui-même, à Gethsémané, dans la nuit la plus lourde, n'a pas nié son trouble : Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi.(Matthieu 26:38). Il l'a portée jusqu'au Père. La nuit chrétienne ne se vide pas de sa peine ; elle se remplit d'une présence.

« Espère en Dieu », dit le psaume. Cette espérance n'a rien d'un optimisme qui décrète d'avance que tout finira bien. Elle est un appui posé sur quelqu'un. Le psalmiste ignore encore la suite de son histoire, il ne voit pas le matin venir, et pourtant il connaît celui qui tient sa nuit. Son espérance ne dépend pas d'un changement de circonstances ; elle tient au caractère de Dieu, qui ne change pas. Voilà pourquoi il peut dire, au présent, en plein noir : « Il est mon salut et mon Dieu. » Non pas « il sera », quand tout sera réglé, mais « il est », maintenant, alors que rien ne l'est.

Ici l'Évangile éclaire le psaume mieux que le psalmiste ne pouvait le pressentir. Ce salut qu'il appelle de ses vœux a désormais un visage : celui du Christ, venu jusque dans nos nuits, mort et ressuscité pour nous. Notre espérance n'est plus la seule confiance en un Dieu lointain qui pourrait agir ; elle est ancrée dans ce qui a déjà été accompli, une fois pour toutes, à la croix. L'angoisse peut rester réelle et la circonstance demeurer sombre ; mais elle ne tombe plus dans le vide. Elle tombe entre les mains d'un Sauveur qui a connu la nuit lui-même et qui en est ressorti vivant.

Cette semaine, quand l'angoisse reviendra, essayez de faire ce que fait le psalmiste : ne pas vous en vouloir d'avoir peur, et tourner malgré tout votre visage vers Dieu. Prenez ce verset, apprenez-le, murmurez-le dans le noir. Non pour en faire une formule magique qui chasserait la peur, mais pour tendre une main vers Celui qui tient la nuit. Habiter la nuit avec la Parole, ce n'est pas la fuir ; c'est y attendre le Dieu qui, déjà, la traverse avec nous.

Prière

Seigneur, tu connais les nuits où mon âme s'abat et où je ne trouve pas le sommeil. Je ne te cache pas mon angoisse ; je la dépose devant toi. Apprends-moi à espérer non dans un ciel dégagé, mais en toi qui ne changes pas. Tu es mon salut et mon Dieu, cette nuit encore. Veille sur moi jusqu'au matin. Amen.