L'Esprit Éditorial
Sept Psaumes pour les Nuits Difficiles · Semaine 3 : L'aube de la grâce

Le soir les pleurs, le matin l'allégresse

« Car sa colère dure un instant, Mais sa grâce toute la vie; Le soir arrivent les pleurs, Et le matin l'allégresse. »
Psaume 30:6

Il vient un moment, dans les Psaumes comme dans nos vies, où l'on relève la tête. Pas forcément parce qu'on a tout compris ; parce que le matin s'est levé une fois de plus. Le psalmiste met en balance deux durées, et l'écart entre elles contient déjà tout l'Évangile : la colère « un instant », la grâce « toute la vie ». Le mot qui porte ce verset, en hébreu, est hesed, cette bonté fidèle de Dieu qui ne lâche pas, cet amour d'alliance qui tient parole même quand nous vacillons. La nuit peut être longue ; la grâce, elle, l'est davantage encore.

Le psalmiste ne prétend pas que les pleurs n'existent pas. « Le soir arrivent les pleurs » : il les nomme, il les laisse venir. La foi ne consiste pas à refuser la larme. Et pourtant il ose croire que la larme n'aura pas le dernier mot, car c'est Dieu qui a le dernier mot, et ce mot est grâce. « Le matin l'allégresse. » Ce matin-là ne se gagne pas à force de courage ; il se reçoit, comme une aube qui se lève sans qu'on l'ait fabriquée. Le matin, on ne se le donne pas à soi-même. On l'accueille.

Là est le cœur de la foi chrétienne : nous ne remontons pas de nos nuits par nos propres forces, comme si tenir bon assez longtemps finissait par nous valoir la lumière. La grâce n'est pas un salaire ; elle est une faveur imméritée. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.(Éphésiens 2:8). Le matin de l'âme ne prouve pas que nous avons bien traversé la nuit ; il prouve que Dieu, lui, n'a pas cessé de nous tenir pendant qu'elle durait.

Et il existe un matin dont tous les autres ne sont que l'écho. Au premier jour de la semaine, très tôt, quand il faisait encore sombre, des femmes sont venues à un tombeau ; l'aube qu'elles ont trouvée n'était plus celle du soleil mais celle du Ressuscité. En Christ, le soir des pleurs du Vendredi a débouché sur l'allégresse du matin de Pâques, une fois pour toutes. Le croyant peut donc habiter ses nuits sans désespérer : elles s'ouvrent toutes, désormais, sur un matin que la mort elle-même ne peut plus lui reprendre.

Cette semaine, si un matin de grâce vous a été rendu, ne le laissez pas passer sans le dire. Le psaume s'achève en louange : Et tu as changé mes lamentations en allégresse, Tu as délié mon sac, et tu m'as ceint de joie,(Psaume 30:12). Prenez un instant pour nommer devant Dieu une chose, une seule, où sa bonté fidèle a tenu bon pour vous cette nuit. Et si le matin tarde encore, gardez le verset comme une promesse au creux de la main : sa grâce dure toute la vie, et elle vous précède déjà vers l'aube.

Prière

Dieu de toute grâce, ta bonté fidèle est plus longue que mes nuits. Merci pour les matins que tu me rends, et que je n'ai pas fabriqués. Quand les pleurs viennent le soir, apprends-moi à attendre l'allégresse que toi seul donnes. En Christ ressuscité, tu as fait de l'aube ma demeure. Change encore mes lamentations en louange. Amen.