L'Esprit Éditorial
Vaincre les habitudes qui enchaînent · Semaine 1 : Regarder la chaîne en face

Le bien que je veux, le mal que je fais

« Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux point. »
Romains 7:19

Il y a dans cette phrase de Paul un soulagement qu'on n'attendait pas. L'apôtre des grandes épîtres, l'homme que Dieu a saisi sur le chemin de Damas, avoue sans détour qu'il connaît lui aussi ce dédoublement épuisant : vouloir une chose et en faire une autre. Nous nous croyions seuls dans ce combat, seuls à retomber le soir dans le geste qu'on avait juré d'abandonner le matin. Et voici que la Parole, au lieu de nous tenir à distance, se penche sur nous et met des mots justes sur ce que nous vivons. L'Écriture ne nous idéalise pas. Elle nous regarde tels que nous sommes, et c'est déjà une grâce.

Ce que Paul décrit, le grec le dit avec force : le verbe qu'il emploie pour « faire », katergazomai, ne désigne pas la faute d'un instant mais quelque chose qui s'accomplit, qui se travaille en nous comme un pli déjà pris. L'habitude qui enchaîne n'est pas d'abord un accident, c'est une pente. La nommer sans détour ne revient pas à se condamner, mais à refuser le mensonge. Tant que je dis « ce n'est pas si grave », je reste captif. Le jour où je dis, avec Paul, Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux point.(Romains 7:19), je place enfin ma servitude à la lumière, là où elle peut être guérie.

Jésus n'a jamais demandé à personne de cacher sa maladie pour être aimé. À ceux qui lui reprochaient de fréquenter les pécheurs, il répondait que ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. L'Évangile renverse la logique du monde : ici, on ne se corrige pas d'abord pour ensuite s'approcher de Dieu ; on s'approche de Dieu la chaîne encore aux poignets, parce que lui seul en a les clés. Regarder son habitude en face n'est donc pas le premier pas d'une méthode de volonté, c'est le premier pas vers Quelqu'un.

Alors cette semaine, ne commence pas par te réformer. Commence par dire la vérité devant Dieu. Prends une habitude précise, celle qui t'humilie, et nomme-la simplement, sans excuse et sans t'écraser non plus. Souviens-toi que le chapitre où Paul crie sa misère n'est pas le dernier : quelques lignes plus loin, il débouche sur Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ.(Romains 8:1). La lucidité chrétienne n'enfonce pas, elle ouvre. Ce que tu oses nommer aujourd'hui, tu le remets déjà entre les mains de Celui qui a tout accompli à la croix.

Prière

Seigneur, je dépose devant toi ce que je porte et n'arrive pas à lâcher. Je ne veux plus mentir sur ma faiblesse. Regarde-moi tel que je suis, et que ta vérité soit le commencement de ma liberté. Au nom de Jésus, amen.