Réellement libres
« Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres. »
Jésus prononce ces mots devant des gens convaincus d'être déjà libres. Ils lui répondirent: Nous sommes la postérité d'Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne; comment dis-tu: Vous deviendrez libres?(Jean 8:33)
, lui répondaient-ils. C'est souvent notre première défense à nous aussi : je maîtrise, je gère, j'ai la situation en main. Mais le Seigneur va plus loin que nos apparences. Il ne parle pas de chaînes politiques ni de prisons de pierre ; il parle de cette servitude intérieure que même l'homme le plus respectable connaît, quand un geste, une pensée ou un désir se met à décider à sa place. Et il annonce une libération qui ne vient pas de nous.
Un mot minuscule, dans cette phrase, porte tout l'Évangile : réellement. Le grec ontôs veut dire pour de bon, dans la réalité. Jésus ne promet pas une liberté de façade, une trêve entre deux rechutes, l'illusion d'avoir tenu quelques jours. Il promet la chose vraie. Et il la relie non à un effort mais à un affranchissement dont il est l'auteur : Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres.(Jean 8:36)
. Le texte ne dit pas si vous vous libérez avec l'aide du Fils. C'est lui qui agit. Toute notre lassitude vient peut-être de ce contresens : nous avons voulu être les ouvriers de notre propre délivrance, quand nous étions seulement appelés à être des affranchis.
C'est le cœur de la grâce. À la croix, Christ n'a pas commencé un chantier que nous devrions achever à force de discipline ; il a tout accompli, une fois pour toutes. La liberté n'est donc pas un salaire versé au bout de nos progrès, elle est un don posé au commencement. Cela ne rend pas notre combat inutile, mais cela en change la source : nous ne luttons plus pour obtenir la liberté, nous luttons parce qu'elle nous est déjà donnée. On ne rame pas pour rejoindre un rivage où l'on se tient déjà ; on apprend à y marcher.
Cette semaine, quand la vieille habitude reviendra frapper, ne réponds pas d'abord par ta volonté crispée. Réponds par une vérité : le Fils m'a affranchi. Redis-le à voix basse, ramène ta pensée à la personne de Jésus, vivant, ressuscité, présent. La liberté chrétienne n'est pas une tension permanente vers un but lointain, c'est le repos actif de celui qui appartient à un Sauveur. Regarde-le, lui, plus que ta chaîne. Ceux qui fixent leurs yeux sur Christ marchent autrement que ceux qui fixent leur faute.
Seigneur Jésus, je me suis épuisé à vouloir me délivrer moi-même. Aujourd'hui je m'arrête et je reçois : toi seul affranchis pour de bon. Fais de moi non plus un esclave qui lutte, mais un affranchi qui marche. Amen.