L'Esprit Éditorial
Vivre le Sermon sur la montagne · Semaine 2 : Là où est ton trésor

Le cœur suit le trésor

« Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur. »
Matthieu 6:21

Jésus vient d'opposer deux manières d'amasser. Il y a les trésors de la terre, que la teigne et la rouille rongent, et ceux du ciel, que rien n'atteint. Puis il livre la clef de tout, en une phrase brève et perçante : là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. Il ne dit pas l'inverse, comme si le cœur choisissait d'abord et le trésor suivait. C'est le trésor qui aimante le cœur. Montre à Jésus ce que tu entasses, ce à quoi tu penses au réveil, ce dont la perte te glacerait, et il te dira où ton amour habite vraiment, quoi que tu en proclames.

Le mot grec traduit par « cœur », kardia, ne vise pas seulement les sentiments, comme le fait notre langue ; il désigne le centre de l'être, là où logent la volonté, l'intelligence, les désirs, les décisions. Le cœur biblique est le gouvernail de la personne. Dire qu'il suit le trésor, c'est dire que toute la vie s'oriente vers ce que nous avons choisi de tenir pour précieux. Ce que nous chérissons nous définit plus sûrement que ce que nous affirmons croire. On comprend alors pourquoi cette parole descend si bas, jusqu'aux comptes et aux soucis : elle atteint le poste de commande.

Il faut percevoir la douceur cachée sous l'avertissement. Jésus ne reproche pas au disciple d'avoir un cœur qui s'attache ; il l'a fait ainsi, capable d'aimer et de se donner. Il le prévient seulement de ce qui arrive lorsque ce cœur se noue à ce qui pourrit. Un trésor terrestre ne trahit pas par malice ; il trahit parce qu'il est mortel. La teigne, la rouille et le voleur ne sont pas des accidents de parcours, ils tiennent à la nature même des choses d'ici-bas. Poser là son cœur, c'est le remettre à ce qui, tôt ou tard, filera entre les doigts. Et l'amour de Jésus voudrait nous épargner ce deuil.

Or il existe un trésor que rien ne consume, et ce trésor a un visage. Christ lui-même est la perle de grand prix, le champ pour lequel on vend tout avec joie. Amasser dans le ciel ne consiste pas à se bâtir un capital de bonnes actions pour acheter Dieu ; l'Évangile de la grâce l'interdit. C'est mettre son cœur là où Christ se tient déjà, ressuscité, vivant, hors de portée de la mort. Celui qui a fait de Christ son trésor a mis sa vie à l'abri, non pour avoir bien œuvré, mais parce que Celui qu'il aime a tout accompli, une fois pour toutes.

Cette semaine, faisons un examen tout simple, sans nous accabler. Où court ma pensée dès que j'ai un instant libre ? Quelle perte me paraît insupportable ? La réponse dessine la carte de mon trésor. Ensuite, sans nous laisser paralyser par la culpabilité, posons un seul geste qui déplace un peu ce trésor vers le ciel : un don discret, un temps offert à qui ne pourra le rendre, une prière à la place d'un calcul. Le cœur, lui, finira par suivre.

Prière

Père, tu vois où mon cœur s'est posé, mieux que moi. Je te confesse mes trésors fragiles, ces choses que je serre trop fort. Détache doucement mes doigts et attache-moi à Christ, la perle que rien ne détruit. Apprends-moi à amasser là où tu es, non pour t'acheter, mais parce que tu es déjà tout mon prix. Amen.