L'Esprit Éditorial
Vivre le Sermon sur la montagne · Semaine 3 : Ne vous inquiétez pas

Regardez les oiseaux du ciel

« Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux? »
Matthieu 6:26

Le premier mot est un ordre très doux : regardez. Jésus n'entasse pas des arguments pour venir à bout de l'anxiété ; il tend le doigt vers le ciel et nous fait lever les yeux. L'inquiet, par pente naturelle, regarde en dedans, retourne ses calculs, refait cent fois la même addition. Le Maître l'arrache un instant à ce cercle et lui montre un moineau, cette créature qui ne sème pas, ne moissonne pas, ne remplit aucun grenier, et qui pourtant mange chaque jour. S'il mange, ce n'est pas qu'il ait été prévoyant : c'est qu'un Autre pourvoit. Rien là d'un éloge de la paresse ; plutôt l'apprentissage d'une dépendance heureuse.

Tout le poids de la phrase tient en deux mots : votre Père. Jésus aurait pu dire « Dieu les nourrit », et ce serait déjà vrai. Il dit votre Père céleste. Le Créateur de l'univers, celui qui tient les astres, se penche sur nos repas comme un père sur la table de ses enfants. Le verbe grec rendu par « nourrit », trephô, dit l'idée de faire grandir, d'élever, de prendre soin dans la durée ; il ne s'agit pas d'un dépannage d'un jour, mais du soin patient d'un père qui élève. Au fond, l'inquiétude est souvent un doute sur cette paternité : et si personne ne veillait ? Jésus répond en nommant le veilleur.

Puis vient la question qui désarme : ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? C'est le raisonnement du petit au grand, familier aux rabbins. Si Dieu nourrit l'oiseau, qui ne porte pas son image, avec quel soin veillera-t-il sur l'homme, créé à sa ressemblance et pour qui son Fils allait mourir. Notre prix ne se mesure pas ici à nos performances ; il se lit dans l'amour de Celui qui nous a faits et rachetés. Le remède à l'angoisse ne tient donc pas à nous rassurer sur nos propres forces, qui finiront par céder, mais à nous rappeler ce que nous valons à ses yeux.

Restons honnêtes : Jésus n'interdit pas de travailler, de prévoir, de porter ses peines réelles. Il connaît la faim, le loyer impayé, la maladie, et il ne distribue pas de réponses faciles. Ce qu'il combat, c'est le souci qui ronge, cette inquiétude qui veut régenter demain alors que demain n'appartient qu'au Père. La confiance filiale ne supprime pas l'effort ; elle en ôte le poison. Je fais ma part aujourd'hui et je remets à Dieu ce que je ne peux pas tenir. « Si Dieu veut », disait Jacques à propos de nos projets : c'est la respiration paisible de l'enfant qui sait la maison solide.

Cette semaine, prenons l'habitude du regard levé. Chaque fois que l'inquiétude serre la poitrine, le matin surtout, quand elle cogne le plus fort, arrêtons-nous ; cherchons un oiseau, un arbre, un petit signe du soin quotidien de Dieu, et redisons ces deux mots : votre Père. Ce n'est pas nier le réel, c'est le remettre entre les mains qui, à la croix, ont déjà tout donné pour nous. Celui qui n'a pas épargné son propre Fils saura bien nous nourrir.

Prière

Père céleste, tu nourris le moineau qui n'a rien prévu ; combien plus veilleras-tu sur moi, ton enfant racheté. Pardonne l'inquiétude qui doute de ton soin. Quand l'angoisse me tient au réveil, apprends-moi à lever les yeux et à redire ton nom de Père. Je te confie demain, qui t'appartient. Que ta paix garde mon cœur en Christ. Amen.