Le travail relevé
« Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes. »
La routine est revenue, avec ces tâches qui n'ont rien de glorieux : le courrier à traiter, la vaisselle, le trajet, les heures de bureau qui se ressemblent. Paul écrivait à des esclaves de maison, à Colosses, dont le labeur était le plus humble qu'on puisse imaginer. Il ne leur conseille pourtant pas de fuir leur condition. Il les invite à la transfigurer du dedans. « Tout ce que vous faites » : rien n'est trop petit pour échapper à cette parole. Notre foi ne commence pas le jour où nous quittons le quotidien ; c'est là, dedans, qu'elle prend corps.
L'expression « de bon cœur » traduit un mot grec superbe, ek psychês, mot à mot « depuis l'âme ». Le travail du chrétien ne se fait pas du bout des doigts, à contrecœur, l'œil sur l'horloge. Il vient de l'intérieur, parce qu'il a changé de destinataire. Tout se renverse là : « comme pour le Seigneur et non pour des hommes ». Le témoin de nos heures n'est plus le patron, ni le regard des collègues, ni même notre orgueil. C'est Christ. Et ce seul déplacement du regard suffit à relever la plus banale des tâches.
Attention cependant : ce verset n'est pas un fouet. Paul ne demande pas de nous épuiser pour mériter quoi que ce soit. Tout le contexte est celui de la grâce : ces croyants sont déjà ressuscités avec Christ (v. 1), déjà aimés, déjà sauvés sans leurs œuvres. C'est parce qu'ils sont aimés qu'ils peuvent travailler autrement, sans la fièvre de devoir se prouver. Le travail n'est plus la balance où l'on se justifie ; il devient une offrande, libre et joyeuse, tendue à Celui qui nous a tout donné le premier.
Cette semaine, choisissez une tâche que vous détestez, une seule, la plus ingrate. Avant de commencer, dites simplement : « Seigneur, celle-ci est pour toi. » La tâche ne change pas ; son destinataire, oui. Vous verrez : le travail fait pour Christ ne pèse pas moins, mais il ne pèse plus seul. Celui qui a servi jusqu'à laver les pieds de ses disciples œuvre désormais à vos côtés, et rien de ce que vous faites en son nom ne tombe dans le vide.
Le carrelage de la cuisine, balayé pour Christ, devient un lieu de culte.
Seigneur, prends mes heures ordinaires et reçois-les comme une offrande. Délivre-moi du travail fait pour être vu, et apprends-moi à œuvrer depuis l'âme, comme pour toi. Que ta grâce donne un sens à ce que le monde juge banal. Amen.