Neuves chaque matin
« Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta fidélité est grande! »
Ces mots montent du cœur du livre le plus sombre de la Bible. Les Lamentations pleurent une ville rasée et un peuple emmené en exil, un désastre auquel rien, apparemment, ne vient répondre. Et voilà qu'en plein deuil une phrase se lève comme le point du jour : « Elles se renouvellent chaque matin. » Le prophète parle des bontés de l'Éternel, ce que l'hébreu nomme son hesed, la bonté fidèle qui tient parole même lorsque tout s'écroule. On mesure là l'honnêteté de l'Écriture. Elle ne nie pas la douleur et ne sert aucune réponse facile ; elle plante seulement, au milieu des ruines, une certitude plus tenace que la nuit.
« Chaque matin » : pour qui retrouve la routine, l'image a une douceur qu'on n'attendait pas. La rentrée use, les jours se ressemblent, et l'on se demande où trouver la force du lendemain. La miséricorde de Dieu ne fonctionne pas comme une réserve qui baisserait à mesure qu'on y puise. Elle est refaite à neuf à chaque aube, comme la manne d'autrefois qu'il fallait ramasser jour après jour sans jamais pouvoir la mettre de côté. La grâce de demain, vous ne l'avez pas encore aujourd'hui ; mais demain, au réveil, elle sera là de nouveau, tout entière.
Le mot hesed n'a pas de traduction parfaite chez nous. Il tient ensemble l'amour, la loyauté et la tendresse d'un Dieu qui s'est engagé et ne reprend pas sa parole. Rien d'un sentiment qui monte et retombe : une fidélité gravée. C'est pourquoi le prophète, au fond de l'abîme, peut s'écrier : « que ta fidélité est grande ! » Non que sa situation se soit arrangée, mais parce qu'il a levé les yeux de ses ruines vers le caractère de son Dieu. Sa foi ne ferme pas les yeux sur le réel ; elle prend simplement appui ailleurs.
Ce hesed a fini par prendre un visage. En Christ, la fidélité de Dieu est venue jusqu'à nous et jusqu'à la croix, jusqu'à ce matin de Pâques où tout, vraiment, a été refait neuf. Chaque matin qu'on nous donne fait écho à ce matin-là. Cette semaine, faites de votre réveil un petit acte de foi. Avant d'ouvrir les nouvelles, avant de courir aux tâches, dites-lui simplement : « Tes compassions sont neuves ce matin, je les reçois. » Vous n'entrerez pas dans la journée avec vos maigres réserves d'hier, mais avec la miséricorde fraîche d'un Dieu qui ne se lasse jamais de recommencer.
La grâce ne se met pas en réserve. On la reçoit neuve, au seuil de chaque jour.
Père, tes compassions ne s'épuisent pas et ta fidélité est grande. Ce matin, je reçois ta miséricorde neuve, juste à la mesure de ce jour. Quand la routine me pèse, rappelle-moi que ta bonté m'attend à chaque aube. Merci pour ta fidélité en Christ. Amen.