L'Esprit Éditorial

Méditation

À Mon Poste de Guet : Attendre ce que Dieu Dira

1 juillet 20267 min de lecture
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée

« J'étais à mon poste, Et je me tenais sur la tour; Je veillais, pour voir ce que l'Éternel me dirait, Et ce que je répliquerais après ma plainte. »

Habacuc 2:1

Habacuc commence son livre par une plainte que beaucoup pourraient signer : jusques à quand crierai-je sans que tu écoutes ? Le prophète voit la violence prospérer, l'injustice l'emporter, et il ne comprend pas le silence de Dieu. Ce qui rend ce petit livre précieux, c'est ce qu'Habacuc fait ensuite de sa question. Il ne se laisse pas emporter par la révolte, il ne s'en va pas non plus faire comme si de rien n'était. Il prend une décision : (Habacuc 2:1) Ayant parlé à Dieu, il choisit maintenant de se taire et d'attendre.

Le vocabulaire qu'il emploie est celui de la sentinelle. Le poste, la tour, le fait de veiller : Habacuc se compare au guetteur posté sur les remparts, dont tout le travail consiste à scruter l'horizon et à ne pas s'endormir. Le verbe hébreu du guet, tsaphah, dit ce regard tendu vers le lointain, cette attention qui ne relâche pas. Il y a là une image saisissante de la prière. Après avoir présenté sa cause, le priant ne s'éparpille pas ; il monte sur la tour, il oriente son attente, il se met en position de recevoir. Prier ne se réduit pas à parler ; c'est aussi guetter ce que l'Éternel dira.

Notre époque a désappris cet art de guetter. Nous voulons des réponses immédiates, et dès qu'une prière n'est pas exaucée sur-le-champ, nous concluons trop vite au silence de Dieu. Habacuc, lui, tient les deux : il a osé la plainte franche, sans la déguiser, et il tient bon dans l'attente, sans la fuir. L'attente contemplative n'est ni la résignation morne ni l'agitation qui exige. C'est une veille active, un cœur en éveil qui reste tourné vers Dieu, confiant qu'une parole viendra même si elle se fait attendre. On ne guette pas le vide ; on guette Quelqu'un.

Et la réponse vient. Dieu ne reproche pas au prophète son attente ; il lui parle, et il lui commande d'écrire la vision, puis il ajoute cette parole précieuse pour tous ceux qui trouvent le temps long : Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé, elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas; si elle tarde, attends-la, car elle s’accomplira, elle s’accomplira certainement.(Habacuc 2:3) Dieu ne nie pas que sa promesse puisse tarder à nos yeux. Il ne prétend pas que l'attente sera courte. Il affirme autre chose : que le retard n'est pas un abandon, que la promesse marche vers son terme même quand nous ne la voyons pas avancer, et qu'elle s'accomplira certainement. L'attente du croyant n'est pas suspendue au néant ; elle est adossée à une parole qui ne mentira pas.

C'est ici que le livre livre son cœur, dans une phrase que le Nouveau Testament reprendra à trois reprises : (Habacuc 2:4) Au milieu de l'attente, ce qui tient le juste debout, ce n'est pas qu'il comprenne enfin les voies de Dieu, c'est qu'il se confie. Vivre par la foi, c'est précisément cela : continuer de tenir la tour quand la vision tarde, s'appuyer sur la fidélité de Celui qui a parlé plutôt que sur la clarté de ce qu'on voit. La foi n'est pas la certitude d'avoir compris ; c'est la confiance en Celui qui a promis.

Cette parole trouve son plein sens en Christ. Le juste par excellence, Jésus, a lui-même connu l'attente la plus dure, celle de Gethsémané et de la croix, où le silence du Père a semblé total. Il a tenu son poste jusqu'au bout, remettant son esprit entre les mains de Dieu, et la promesse s'est accomplie au matin de la résurrection : elle n'a pas menti, elle n'a pas tardé au-delà du terme fixé. Celui qui guette aujourd'hui n'attend donc pas un Dieu inconnu, mais celui qui, en son Fils, a déjà traversé pour nous la plus longue des nuits et en est sorti vivant.

Cette semaine, prends une inquiétude que tu as déjà mille fois portée à Dieu sans réponse apparente, et change de posture à son sujet. Cesse un moment de réclamer, monte sur la tour, et dis simplement : (Habacuc 2:1) Fixe ton attente sur lui plutôt que sur la solution que tu imagines. Ce n'est pas une passivité ; c'est la vigilance d'un cœur qui a présenté sa cause et qui fait maintenant confiance. Le guetteur ne fait pas lever le jour, mais il est le premier à le voir poindre. Reste à ton poste ; la vision, en son temps, ne mentira pas.