L'Esprit Éditorial
Intérieur d'église moderne et minimaliste, croix en bois illuminée par un rayon de lumière naturelle

Théologie

Comprendre le Silence Divin

18 janvier 2024

« Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé, elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas; si elle tarde, attends-la, car elle s’accomplira, elle s’accomplira certainement. »

Habacuc 2:3

Il y a des saisons où le ciel semble fermé. Nous prions, et rien ne bouge. Nous questionnons, et c’est l’écho de notre propre voix qui nous revient. Ce silence-là, les croyants de la Bible l’ont connu bien avant nous. David ose le crier, au Psaume 13 : Jusques à quand, Éternel! m’oublieras-tu sans cesse? Jusques à quand me cacheras-tu ta face?(Psaumes 13:2) L’Écriture n’a pas honte d’une telle question ; elle en fait même une prière. Le silence de Dieu n’a rien d’une panne de la foi. Il en est l’un des passages obligés.

La première tentation, devant ce silence, c’est d’en conclure à l’absence. Si Dieu ne répond pas, c’est qu’il n’écoute pas ; et s’il n’écoute pas, c’est qu’il n’est pas là. Le raisonnement tient, sauf qu’il confond la réponse et la présence. Un ami peut rester à nos côtés sans dire un mot, et ce silence-là console parfois mieux qu’un flot de paroles. Le Psaume 13, qui s’ouvre sur la plainte, se referme sur la confiance : Moi, j’ai confiance en ta bonté, j’ai de l’allégresse dans le cœur, à cause de ton salut; je chanterai à l’Éternel, parce qu’il m’a fait du bien.(Psaumes 13:6) Rien n’a changé dans les circonstances entre les deux bords du psaume. Ce qui a changé, c’est que le priant s’est souvenu de qui était son Dieu.

L’attente biblique n’a rien de passif. Elle ressemble à celle du veilleur qui guette l’aurore : il ne fait pas lever le soleil, mais il se tient prêt, le visage tourné vers l’orient. Attendre ainsi, c’est prier encore sans rien exiger, servir sans faire ses comptes, espérer alors même qu’aucune échéance n’est en vue. Dans cette fidélité obscure, la foi cesse peu à peu d’être un sentiment pour devenir une décision. Et cette décision ne repose plus sur notre ressenti ; elle repose sur une promesse.

Le silence a encore un effet : il purifie nos attentes. Tant que Dieu répond selon nos termes, nous risquons de l’aimer pour ses cadeaux plus que pour lui-même. Quand il se tait, la question se pose sans fard : est-ce lui que nous cherchons, ou seulement ses réponses ? Et il faut se rappeler qu’à la croix, le Fils a traversé jusqu’au bout le silence du Père. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c’est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?(Matthieu 27:46) Il a crié cet abandon pour que jamais il ne devienne le nôtre. Celui qui se tait parfois ne nous a pas quittés ; il l’a prouvé une fois pour toutes en Jésus-Christ.

Si vous traversez aujourd’hui un désert semblable, ne vous précipitez pas dehors à coups de réponses faciles. Tenez-vous dans l’attente comme on garde une lampe allumée, la promesse d’Habacuc dans la main : Car c’est une prophétie dont le temps est déjà fixé, elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas; si elle tarde, attends-la, car elle s’accomplira, elle s’accomplira certainement.(Habacuc 2:3) Le silence n’aura pas le dernier mot. La Parole l’aura.