
Croissance — 7 min de lecture
L’Échec, Terreau de la Grâce
5 avril 2024
Eau ondulant doucement et reflétant la pâle lumière du matin, tons bleus ardoise et sable
« Le Seigneur dit: Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. »
Il y a des nuits dont on croit ne jamais se remettre. Pierre en a connu une : trois questions dans la cour du grand prêtre, trois dénégations, un coq, et ce regard de Jésus qui traverse la foule. L’Évangile le note en trois mots : Et étant sorti, il pleura amèrement.(Luc 22:62)
L’homme qui jurait de mourir avec son Maître venait de s’effondrer devant une servante. Chacun de nous porte, quelque part, sa propre cour du grand prêtre.
Notre premier réflexe face à l’échec spirituel est comptable : nous croyons avoir entamé un capital, déçu un investisseur, compromis un dossier. Alors nous compensons, par un surcroît de zèle, une autopunition discrète, ou une fuite pure et simple. Pierre, lui, choisit la fuite en arrière et retourne au bord du lac : Simon Pierre leur dit: Je vais pecher. Ils lui dirent: Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent et monterent dans une barque, et cette nuit-la ils ne prirent rien.(Jean 21:3)
Le métier d’avant, comme si trois années passées avec Jésus pouvaient se ranger dans un tiroir. L’échec nous persuade que la seule issue honnête est la démission.
Mais relisons Luc 22. Avant même le reniement, Jésus dit à Pierre une chose stupéfiante : Le Seigneur dit: Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères.(Luc 22:31-32)
Il n’a pas prié pour que Pierre ne tombe pas, car il savait qu’il tomberait. Il a prié pour que sa foi ne sombre pas au fond de la chute. Et il ajoute, comme si l’échec était déjà prévu dans le plan, que Pierre affermira ses frères quand il sera revenu. Le verbe grec traduit par « converti », epistrephô, veut dire simplement revenir, faire demi-tour. Il y a donc un après. Il y avait toujours eu un après.
Voici le retournement que l’Évangile opère : ce que nous appelons disqualification, Dieu l’appelle formation. Le Pierre d’avant la chute était courageux mais dur, prompt à dégainer l’épée et à juger les faibles. Le Pierre d’après sait ce que coûte une promesse et ce que pèse une faiblesse. Qui d’autre que lui pouvait écrire un jour, en 1 Pierre 5:5 : De même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d'humilité; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles.(1 Pierre 5:5)
Sa compassion de pasteur a été forgée dans le feu même de son échec. La grâce ne contourne pas nos chutes : elle les composte.
La scène du rivage, en Jean 21, le confirme avec une délicatesse qui bouleverse. Un feu de braises, comme celui du reniement. Trois fois la même question, m’aimes-tu, en écho aux trois dénégations. Jésus ne fait pas semblant d’oublier ; il repasse par le lieu exact de la blessure, mais c’est pour y déposer autre chose. À chaque réponse de Pierre, une charge lui est remise : Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis.(Jean 21:16)
La restauration n’a rien d’une amnistie honteuse ; c’est une réhabilitation qui confie des responsabilités.
Concrètement, cessez de gérer votre échec et commencez à le confesser ; la nuance est décisive. Gérer, c’est minimiser, compenser, enfouir. Confesser, c’est nommer la chose devant Dieu, sans plaidoirie, et la remettre entre des mains plus sûres que les nôtres. Puis refusez la démission spirituelle : reprenez la prière, la communauté, le service, cette fois en homme qui sait désormais de quoi il est capable, dans les deux sens du terme, et non plus comme si rien ne s’était passé.
Enfin, ne gaspillez pas votre chute. Le Seigneur dit: Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères.(Luc 22:31-32)
Ces mots de Jésus à Pierre font de votre échec traversé un mandat. Quelqu’un, un jour, s’effondrera devant vous comme vous vous êtes effondré ; votre honnêteté sur votre propre nuit lui rendra la grâce croyable. Les guides les plus sûrs ne sont pas ceux qui ne sont jamais tombés ; ce sont ceux qui connaissent le chemin du retour.
L’échec fait un excellent terreau et un bien mauvais tombeau. Ce qui décide de sa fonction, ce n’est pas sa gravité, c’est ce que nous en faisons : un secret qui pourrit, ou une histoire que la grâce réécrit. Pierre a choisi la seconde voie. Le rivage est libre, le feu de braises allumé, et la question, m’aimes-tu, attend votre réponse.
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