L'Esprit Éditorial

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Quand Dieu Prend son Temps

9 avril 2024

Eau ondulant doucement et reflétant la pâle lumière du matin, tons bleus ardoise et sable
Eau ondulant doucement et reflétant la pâle lumière du matin, tons bleus ardoise et sable

« Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; ils courent, et ne se lassent point, ils marchent, et ne se fatiguent point. »

Ésaïe 40:31

Nous savons attendre trois minutes. Passé ce délai, quelque chose en nous proteste. Notre siècle a supprimé presque toutes les attentes : livraison le jour même, réponse instantanée, flux d’information continu. Du coup, les attentes qui subsistent nous trouvent démunis. Car les plus lourdes restent incompressibles. La guérison qui tarde, l’enfant espéré, le conjoint pour qui l’on prie, la réconciliation qui ne vient pas, la porte professionnelle qui reste close : devant tout cela, notre impatience si bien entraînée ne sait plus quoi faire.

La tentation, alors, prend deux visages. Forcer la main : reprendre les choses à notre compte, fabriquer nous-mêmes l’accomplissement, comme Abraham engendrant Ismaël pour secourir une promesse qu’il jugeait trop lente. Ou bien renoncer : décréter que Dieu a oublié, remiser l’espérance au grenier, se prémunir de la déception en cessant tout simplement de désirer. Ces deux sorties se ressemblent sur un point : l’une comme l’autre désertent l’attente. Et c’est peut-être là, dans l’attente elle-même, que Dieu voulait demeurer avec nous.

L’Écriture, bizarrement, déborde de délais. Abraham patiente vingt-cinq ans, Joseph croupit treize ans entre la citerne et le palais, Israël traverse quarante ans de désert, et quatre siècles séparent le dernier prophète du premier cri poussé à Bethléem. Un Dieu pressé s’y prendrait autrement. Cette lenteur répétée a un sens. Loin d’être une panne de la providence, le délai compte parmi ses outils. Ce que Dieu opère en nous pendant l’attente pèse autant que ce qu’il accomplira pour nous au bout du chemin.

Ésaïe écrit à des exilés à bout de forces, au chapitre 40 : ceux qui se confient en l’Éternel renouvellent leur force. Le verbe hébreu chalaph veut dire, littéralement, échanger : troquer sa vigueur usée contre une vigueur neuve, comme on remplace un vêtement. Regardez aussi l’ordre du verset : voler, courir, marcher. Comme si la foi, à son sommet, n’avait rien de l’envol spectaculaire : elle est cette marche obstinée, un pas puis l’autre, quand rien ne change. Voilà l’exploit que le ciel regarde.

L’attente selon Dieu ne se réduit pas à une salle où l’on patiente les mains vides. C’est plutôt un atelier, et c’est nous qu’on y travaille. Le désir s’y purifie : au fil des mois, on finit par savoir si l’on voulait le don ou celui qui donne. La capacité, aussi, s’y creuse ; certaines grâces réclament un cœur agrandi, sans quoi elles nous détruiraient au lieu de nous combler. Et l’attente enseigne encore ceci, qu’aucune réponse rapide n’apprend jamais : la différence entre faire confiance et vouloir tout tenir soi-même.

Attendre activement, cela s’organise concrètement. Priez pour la même chose, à voix haute, même le jour où les mots vous semblent usés ; répéter sa prière n’a rien d’un échec de la foi, c’en est plutôt le muscle. Tenez aussi un carnet des fidélités passées, car relire ce que Dieu a déjà fait reste le meilleur remède au découragement d’aujourd’hui. Et continuez de servir dans l’intervalle : Joseph interprète les songes de ses compagnons de cellule bien avant que les portes de la prison s’ouvrent. La terre de l’attente n’est jamais stérile. Elle se cultive.

Un jour, l’attente prendra fin. Par l’accomplissement, peut-être ; ou par une réponse autre que celle qu’on espérait ; ou par cette transformation secrète où le désir lui-même finit par être visité. Dieu tient parole. Il l’a prouvé une fois pour toutes en envoyant son Fils au temps fixé, et Pierre l’écrit sans détour : Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance.(2 Pierre 3:9) D’ici ce jour, marchez. Sans vous lasser ni vous fatiguer. Non que ce soit de l’héroïsme : c’est qu’un Autre renouvelle votre force à mesure qu’elle s’épuise. La lenteur de Dieu n’a jamais été de l’oubli. C’est un travail, et nous en sommes le chantier.