L'Esprit Éditorial

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La Place et les Dons de la Femme dans l’Église et le Foyer

3 avril 2026

T-shirt de lin organique soigneusement plié sur un tabouret de bois brut, texture naturelle du tissu révélée par une lumière douce
T-shirt de lin organique soigneusement plié sur un tabouret de bois brut, texture naturelle du tissu révélée par une lumière douce

« Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. »

1 Corinthiens 12:7

Peu de sujets enflamment aussi vite les conversations, et laissent aussi peu parler l'Écriture, que la place de la femme dans l'Église. On y arrive chargé d'opinions, de blessures parfois, de débats qui ont divisé des assemblées entières. Commençons par ce qui doit passer avant nos préférences : ce que le texte dit vraiment. Et avant même la question des fonctions, ce qu'il dit soulage : Dieu a réparti ses dons sur tout son peuple, sans en écarter la moitié. C'est de là qu'une réflexion honnête doit partir, pas de nos habitudes ni de l'air du temps.

C'est le cœur de ce que la foi évangélique appelle le sacerdoce universel des croyants. Paul le développe longuement : l'Église est un corps, et Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune.(1 Corinthiens 12:7). À chacun : le grec hekastô ne connaît ici aucune exception de sexe. Dans le même chapitre, l'apôtre insiste : le corps n'est pas fait d'un seul membre, et nul membre ne peut en renvoyer un autre. L'œil ne peut dire à la main : Je n'ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n'ai pas besoin de vous.(1 Corinthiens 12:21). Une assemblée qui laisserait dormir les dons de ses sœurs se priverait, à la lettre, de la moitié de ce que l'Esprit lui a remis. Un corps qui renierait ses propres membres.

Le mot que Paul emploie pour ces dons est charisma, formé sur charis, la grâce : un don gracieux, reçu pour rien et non mérité. Le don n'est jamais un titre de gloire ; c'est une grâce dont on répond. Et l'Écriture montre sans détour des femmes qui exercent ces charismes. Paul recommande Phœbé, qu'il appelle diakonos, servante ou diaconesse de l'Église de Cenchrées ; il salue Priscille qui, avec son mari, instruisit plus à fond le savant Apollos ; il évoque les filles de Philippe qui prophétisaient. Le Nouveau Testament n'imagine nulle part une Église où les femmes se tairaient au point de ne rien apporter. Il en montre partout qui servent, enseignent, accueillent, portent l'œuvre à bout de bras.

Cette place ne commence pas au seuil du temple ; elle s'enracine d'abord au foyer, et c'est peut-être là son terrain le plus fécond. Paul rappelle à Timothée la foi sincère qui habita son aïeule Loïs et sa mère Eunice avant de l'habiter lui : c'est par deux femmes qu'un des grands serviteurs de l'Église a reçu l'Évangile. Transmettre la foi dans une maison n'a rien d'un ministère au rabais ; c'est souvent le premier reçu, et le plus durable. Une mère, une grand-mère, une épouse qui prie, qui ouvre la Bible, qui laisse voir la douceur de Christ auprès des siens, exerce un don dont l'Église entière recueille les fruits, parfois une génération plus tard.

Faut-il pour autant trancher ici tous les débats qui traversent les Églises sur les fonctions réservées ou ouvertes ? Une méditation n'est pas le lieu pour cela, et l'humilité déconseille de s'ériger en arbitre là où des frères sincères, aussi attachés que nous à la Parole, lisent les mêmes textes autrement. Notre assemblée s'en tient au modèle biblique d'une direction plurielle, avec ses anciens, ses diacres et ses diaconesses, où la variété des personnes reflète la variété des dons. Ce que nul ne conteste, et qui reste l'essentiel, c'est que les dons des sœurs y soient reconnus, encouragés, mis en œuvre, plutôt qu'enfouis sous des habitudes que l'Écriture n'a jamais prescrites.

Car le danger n'est pas seulement de mal situer la place de la femme. Il est aussi de laisser des dons en friche, par timidité ou par résignation. Combien de sœurs savent enseigner les enfants, veiller sur les malades, accueillir l'étranger, intercéder sans se lasser, et n'osent pas, faute qu'on les y ait appelées ? Paul écrivait à Timothée : C'est pourquoi je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition de mes mains.(2 Timothée 1:6). Le même appel vaut ici. Si tu es une femme et que tu lis ces lignes, la question n'est pas de savoir si tu as reçu un don, l'Écriture l'affirme, mais lequel, et à quel besoin de ton Église ou de ta maison il répond cette semaine.

Reste le garde-fou que Paul pose juste après sa liste de dons, et sans lequel tout se gâte : entre le chapitre des charismes et leur exercice, il glisse l'hymne à l'amour. Privé de charité, le don le plus éclatant se réduit à Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.(1 Corinthiens 13:1). Les dons ne sont pas remis pour la gloire de qui les porte. Ils le sont pour l'utilité commune, comme dit Paul, et pour finir à la gloire de Christ, seule Tête du corps. Cela apaise le débat plutôt que de l'attiser. Hommes et femmes ne se disputent pas des places comme des rivaux : ils sont membres d'un même corps, graciés l'un comme l'autre, appelés à se servir dans l'amour. Chacun reçoit sa place d'en haut ; les dons sont grâce, et la grâce ramène toujours à Celui qui la donne.